Portes Dogon

 

Cette porte Dogon mesure 1m80 de haut sur 87,5 cm de large et a été sculptée sur bois dur il y a vraisemblablement un siècle.
Pour la qualité et la richesse de ses ornements, ses dimensions rares et son ancienneté, elle est estimée à 6000 € chez les antiquaires spécialisés.
Travaillées en ronde-bosse, ces portes finement ouvragées transmettent les aspects de l'histoire originelle et quotidienne à travers la figuration d'éléments zoomorphes et anthropomorphes.
Le panneau de droite comporte les pivots que l'on encastre dans la chambranle de la porte et est lié au second panneau par des attaches de bois et de métal forgé.

 

 

De nombreuses scènes de la vie courante sont figurées sur toute la surface des 2 panneaux de la porte, tels que les travaux agricoles, l'élevage, la préparation de la farine.

 

Parmi ces figures, nous pouvons isoler des éléments remarquables :

 

 

Le chef (Hogon), disposant des attributs liés à son rang tels que la pipe et le cheval, ce qui laisse supposer que cette porte appartenait à un haut dignitaire Dogon.

 

 

Le chacal ou Renard pâle, lui aussi élément essentiel dans la cosmogonie Dogon.

 

 

Le serpent (Lébé) dont le culte est célébré par le Hogon et qui symbolise la renaissance et la protection des champs.

 

 

La partie supérieure comporte un rang de personnages représentant les générations précédentes, et de part et d'autre le couple fondateur, l'homme à droite tenant la lance du guerrier et son épouse à gauche. La présence des figures d'ancêtres souligne l'importance et la richesse des réserves alimentaires et la continuité du quotidien en période de sécheresse.

 

 

La serrure représentant une tortue. Les appellations de chaque partie de la serrure renvoient à un symbolisme anthropomorphique : la serrure a une tête, un cou, un ventre, un dos... cette symbolique figure une femme enceinte lorsque la serrure est fermée, en position d'ouverture, elle évoque la naissance, la clé est appelée "enfant de la serrure", considérée comme le nouveau-né.

 

 

Les seins sculptés, symboles Nommo de la maternité, de la mère nourricière, fondatrice du peuple Dogon.

 

 

Le crocodile (aya), autre animal totémique du mythe Dogon sur le dos duquel les premiers habitants traversèrent le fleuve Niger et qui représente l'eau parmi les quatre éléments

 

 

Afin d'en savoir plus sur cette symbolique et sur la cosmogonie Dogon nous avons extraits quelques passages d'ouvrages majeurs qui vous emmèneront rêver sur les chemins des falaises de Bandiagara.

La symbolique d'une porte en Afrique

" Dans l'Afrique rêvée ou celle à vivre, l'efficacité de la porte en tant que barrière protectrice procède souvent d'avantage du symbolique que du tangible. Qu'elles soient affectées aux habitations, aux greniers, aux lieux de culte ou aux lieux de repos, les portes s'inscrivent dans cette logique : c'est le moyen de communication du seuil vers l'extérieur -mouvement associé à la naissance- ou vers l'intérieur -mouvement qui évoque la conception- La porte et ses accessoires symbolisent aussi les organes génitaux : la baie et le vantail représentent respectivement le sexe féminin et le sexe masculin. Les mécanismes des pivots mâles et des gonds femelles, de la serrure avec son coffre femelle et le pêne mâle, renvoient aux mêmes significations.

Les portes Dogon au Mali ont des fermetures symboliques qui reposent sur la force dissuasive de l'interdit à ne pas transgresser. Celles des sanctuaires sont fermées d'un simple morceau de bois en travers de la baie, celles des maisons sur rue sont munies d'un verrou intérieur accessible de l'extérieur, celles des greniers ont des serrures en bois noyées dans le banco -le duro kunu- ou fixées à même le vantail -le ta koguru- Les différentes parties de la serrure ont une signification symboliques : la serrure a une tête, un cou, un ventre, un dos, un pied et la clé est appelée "enfant de la serrure"

Le volet de grenier à grains est souvent sculpté d'un crocodile (ayo), animal symbolisant à la fois l'eau fécondatrice des cultures et défendant contre les voleurs. Le crocodile (ou caïman) est l'un des animaux totémiques des Dogon vivant dans les falaises de Bandiagara. On le retrouve aussi bien représenté sur les volets, que sur les poteaux de case, les portes, ou les serrures de case ou de grenier. Le crocodile symbolise l'ancêtre binu serou. De même, binu serou symbolise l'un des quatre éléments : l'eau (l'air étant symbolisé par amma serou, la terre par lebe serou, et le feu par diogou serou).
Les volets protègent le contenu des greniers essentiellement par leur présence symbolique, ils ne sont donc pas systématiquement munis d'une serrure. D'ailleurs, à ce titre, la serrure peut être considérée comme un ajout symbolique plutôt qu'une réelle protection mécanique. Ceci explique la raison pour laquelle les volets sculptés de motifs ou de représentations n'en ont que rarement, et pourquoi la plupart des volets " simples " sont pourvus d'une serrure. Sculpté par le forgeron du village pour le hogon (chef spirituel et religieux) et les notables, les volets sont un des éléments majeurs de l'art Dogon.


Portes d'Afrique- de Rahim Danto Barry aux Ed. Norma

Cosmogonie Dogon

Marcel Griaule et l'univers Dogon

http://detoursdesmondes.typepad.com/dtours_des_mondes/dogon/

" En 1946, il a ses fameux entretiens avec Ogotemmêli, un vieux chasseur aveugle qui va l'initier à une version de la cosmogonie Dogon et dont est tiré le livre célèbre, Dieu d'eau, publié en 1948.
Celle-ci est fascinante et très complexe...
Quelques lignes pour "faire simple"...et "résumer" le mythe fondateur (d'après ce livre de Griaule; car on s'est aperçu par la suite que le récit d'Ogotemmêli n'était qu'une façon de dire les choses et le mythe tel qu'on le connaît actuellement possède des versions qui diffèrent de ce récit) :
Après avoir créé l'univers, le Dieu Amma créa la Terre et s'accoupla avec elle.
De cette union naquit le chacal, être unique et imparfait (au lieu de donner naissance à des jumeaux comme Amma l'avait souhaité).
Le chacal a été identifié par la suite sous le nom de Renard pâle (cf. Germaine Dieterlen).
Finalement, des jumeaux vinrent au monde avec l'apparence de l'homme et du serpent.
Ces jumeaux sont les Nommo : chacun est à la fois mâle et femelle.
Les Nommo s'occupèrent de vêtir la Terre et commencèrent à acquérir la parole.
Le chacal voulut s'emparer du Verbe et pour cela commit l'inceste avec la Terre.
C'est grâce à cette parole ainsi acquise qu'il peut communiquer avec les devins (Interprétation de ses traces sur le sol car Amma lui a coupé la langue).
Après l'inceste, Amma se détourna de la Terre et décida de fabriquer les hommes seuls.
C'est à partir d'une boule de glaise et de la fusion des 2 sexes créés que naquirent l'homme et la femme.
Les Nommo dotèrent ces êtres uniques d'âme femelle et d'âme mâle, retrouvant le caractère gémellaire si important dans cette cosmogénèse.
L'union de cet homme et de cette femme donna naissance aux 4 couples de jumeaux originels.
C'est l'origine des huit premiers ancêtres (Nommo eux-aussi).
Le premier ancêtre devint un esprit et les autres le rejoignirent aux cieux.
Puis, chaque Nommo redescendit sur Terre afin de transmettre un enseignement aux hommes.
Le 7ème Nommo, le "plus important", le Nommo de la mare, était le maître de la parole.
Le mouvement de sa bouche et de sa langue fourchue constituait une navette qui bâtissait une trame d'étoffe sur laquelle pouvait cheminer la parole.
Plusieurs versions de la transmission de la parole existent...
Elles sont toutes très belles et liées à l'image du métier à tisser.
La parole qui organise le monde fut ainsi transmise aux hommes et la société put dès lors se développer.
Le septième Nommo fut "tué" et transformé en serpent Lébé. Depuis, c'est le Hogon, grand dignitaire du village qui est responsable du culte du serpent Lébé et des décisions impliquant la communauté.
Le serpent est censé se promener dans les champs afin de protéger les récoltes et est le symbole de régénération du cycle végétal.
À travers ses mues, il est l'image de la renaissance.
Ainsi, grâce à des rituels s'adressant aux différentes entités chthoniennes (Nommo, Lébé et sortes de Djinns), les Dogon ont construit religieusement leur territoire et ont défini l'identité Dogon.
Ce sont cependant les rites concernant les Ancêtres et la levée de deuil (Dama) qui constituent les cérémonies les plus importantes et sont l'occasion de sorties de masques impressionnantes. "